Dix ans après avoir reçu le Turner Prize de la TATE, Steve McQueen remporte en 2008 la Caméra d’Or à Cannes pour son long-métrage « Hunger ». En 2004, Apichatpong Weerasethakul reçoit le Prix du Jury et exposait au Mussée d’Art Moderne de la ville de Paris en 2009.

Artistes ou cinéastes, ces nouveaux acteurs de l’image posent la question des différences fondamentales entre art visuel et cinéma. Dans Artpress (N°362), Weerasethakul déclarait : « Je suis un cinéaste mais un cinéaste qui fait de l’art de temps en temps ». Comment donc distinguer œuvre artistique visuelle et film cinématographique lorsqu’ils proviennent du même acteur ?

Si on analyse les éléments constitutifs d’une oeuvre et d’un film, force est de constater qu’ils sont identiques. Une œuvre visuelle et un film sont tous deux constitués d’images projetées, d’acteurs (professionnels ou non), de son (ou non)… Ils ont aussi tous deux besoin d’un apareil pour être révélés au public (télévision, écran …) et dans un cas comme dans l’autre, la temporalité, variable, ne serait constituée un critère de classification.

La différence fondamentale ne se trouve donc pas dans ce qui fait l’ « objet » mais dans l’intention de son créateur. En effet, l’objectif d’un film est de « raconter » une histoire. Le but est avant tout narratif. Certes l’effet visuel peut exister, mais il n’est pas intrinsèquement constitutif d’un film. Le cinéma français dans son acceptation caricaturale de « cinéma d’auteur » en est la preuve. Proche du théâtre filmé, son intention première est de raconter.

A l’opposé, les œuvres visuelles ont rarement un but narratif. Leur objectif est avant tout esthétique et leur problématique est principalement visuellle. Exposés en galerie, ces « films » sont faits pour êtres aperçus. On en retiendra davantage l’ambiance que le propos.

Un film se caractérise donc principalement par son scénario alors qu’une œuvre se reconnaît par sa dimension esthétique immédiate. Mais le cinéma contemplatif asiatique (Kim Ki-duk, Wong Kar Wai) de ces dernières années est aussi la preuve que cette classification a ses limites.