ESTHETIQUE // MODERNE
2009 a marqué l’année des rétrospectives sur le Bauhaus. De Berlin à New-York, les plus grands musées du monde ont rendu hommage à cette école, devenue icône et symbole du « modernisme ».
Le temps était venu de faire un bilan sur cette période de l’histoire. Quels étaient les héritages du modernisme ? Qu’était devenue l’esthétique moderne ? Quelle place occupe-t-elle dans la création contemporaine ?
Un rapide coup d’œil sur les catalogues des salles de ventes et des galeries de mobilier nous montrait clairement que la modernité était devenue le nouveau chic, le nouveau « bon goût ». Pas un magazine de mode ou de décoration sans ses visuels « modernistes », son reportage sur les architectures d’Oscar Niemeyer ou son texte inspiré des manifestes de l’époque. Bref, la modernité avait et a toujours la cote.
Mais si les collectionneurs et autres gens branchés se complaisent dans une consommation nostalgique de la modernité, il semblerait que les artistes contemporains entretiennent eux, un lien plus ambigu avec celle-ci.
Ne pouvant plus se revendiquer post-modernes du fait de la trop grande proximité temporelle de ce mouvement, certains revisitent (et revendiquent) la modernité. L’utilisation d’images « modernes » dans la constitution d’œuvres est remarquable au point de devoir cataloguer certains artistes comme « néo-modernes ».
En décembre 2009, Wilfrid Almendra propose l’exposition « Killed in action » (Case Study Houses) à la galerie Bugada & Cargnel. Partant des plans de dix projets avortés du fameux programme architectural américain des années 50, l’artiste y exposait des sculptures reprenant les formes brillamment abstraites de la modernité, questionnant ainsi le modernisme dans son action historique mais aussi dans son devenir. Profondément nostalgique, cette exposition empruntait à la modernité son esthétique et son message sans pour autant en proposer une vision contemporaine. Néo-moderne oui, mais nostalgique avant tout.
A contrario, se déroule actuellement à la Galerie Gagosian de New-York la première grande exposition de Tatina Trouvé sur le sol américain. Au-delà du propos, l’esthétique de ses œuvres est « moderniste » c’est-à-dire minimaliste et formelle. Elle interroge l’espace par des sculptures, des dessins et des installations in situ rendant son travail post-moderne « car » transdisciplinaire. Tatiana serait ainsi une artiste néo-moderne qui emprunte à l’esthétique moderne sans pour autant renier l’époque postmoderne et les « codes » de la création contemporaine. La véritable continuité du modernisme se trouverait donc dans cette approche à la fois citationnelle et contemporaine, productrice d’une nouvelle forme d’abstraction et non dans une logique faussement nostalgique reprenant des codes établis devenus « classiques » voire bourgeois.

